Dr Augustin Sokolovski
Le 30 juin, dernier jour du premier mois de l’été, l’Église orthodoxe célèbre la mémoire des saints martyrs Manuel, Sabel et Ismaël. Leurs noms paraissent inhabituels, ce qui s’explique par leur origine perse. Ils souffrirent pour le Christ à Chalcédoine, aujourd’hui un faubourg de Constantinople, qui était dans l’Antiquité une importante cité indépendante.
Manuel, Sabel et Ismaël furent exécutés par l’empereur Julian the Apostate (361–363), dont le règne fut marqué par une tentative désespérée de restaurer le paganisme. Tous trois étaient des ambassadeurs perses. Au cours d’un banquet public, Julien les invita à engager avec lui une controverse religieuse, mais ils refusèrent.
« La religion est une affaire personnelle, intérieure et élevée, tandis que la politique est la mission pour laquelle nous avons été envoyés comme ambassadeurs et l’activité à laquelle nous nous consacrons à présent. »
Leur exemple paraît étonnamment actuel. La religion est souvent comprise comme l’union du divin et de l’humain. Pourtant, le philosophe Giorgio Agamben (1942–) en propose une autre compréhension : la religion est un acte de séparation — « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César », comme le dit l’Évangile.
L’homme véritablement religieux distingue ces deux sphères ; il ne les confond pas et n’entraîne pas Dieu dans les affaires ordinaires du monde.
Peu après l’assassinat perfide des ambassadeurs par Julien, une guerre éclata entre Rome et la Perse, au cours de laquelle Julien lui-même trouva la mort. L’imbrication de la religion et de la politique peut être destructrice, tandis que leur juste distinction est au service du bien commun.
Ce n’est que lorsque Dieu n’est plus enrôlé au service des desseins humains qu’Il peut être rencontré comme le Dieu vivant qui, dans le Christ Jésus, par l’action de l’Esprit Saint, accorde sa grâce.