Dr. Augustin Sokolovski
Le cinquième dimanche du Carême est consacré à la dispute sur la primauté entre les apôtres, telle qu’elle est décrite dans l’Évangile selon Marc. Jésus a décidé de se rendre à Jérusalem. « Voici, nous montons à Jérusalem, et le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort, le livreront aux païens et le tueront ; et le troisième jour, il ressuscitera » (Marc 10, 32-45). Cela s’est effectivement accompli, et ce n’est pas seulement devenu l’histoire de ce qui est arrivé à Jésus, mais cela a été repris presque mot pour mot dans les Symboles de la Foi de l’Église orthodoxe, c’est-à-dire que c’est devenu un dogme. Le dogme est l’expression verbale d’une vérité éternelle, à laquelle est inhérente une bénédiction particulière. C'est pourquoi les Pères de l'Église, en particulier saint Ambroise de Milan, enseignaient que si l'on a peur et que l'on craint quelque chose, il faut réciter à haute voix le Credo.
Jésus prédit très clairement le terrible sort qui l'attend à Jérusalem. Tout comme la nomination de Judas parmi les douze apôtres, c'est là un signe que la Passion du Seigneur était entièrement volontaire. Il a été trahi, crucifié et mis à mort non pas en raison de circonstances tragiques, mais parce qu'il a donné sa vie pour ses amis. Les amis du Seigneur, c'est l'Église, c'est nous, c'est le monde entier. Le point culminant de l'expression de cette liberté de Jésus fut la Cène et l'institution de l'Eucharistie lors de celle-ci. La Passion de Jésus fut entièrement volontaire, « pour nous, les hommes, et pour notre salut », comme le dit le Credo. C'est par le libre arbitre de Jésus que nous sommes sauvés.
«Donne-nous de nous asseoir près de toi, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire », demandèrent Jacques et Jean à Jésus (Marc 10, 27). Jésus ne donna pas de réponse positive. Car il était évident pour Lui que se trouver à sa droite et à sa gauche à l’apogée du Royaume signifiait être crucifié à sa droite et à sa gauche. Les apôtres l’ignoraient et n’étaient pas prêts à l’accepter. C’est pourquoi Jésus a littéralement eu pitié des apôtres. Aucun d’entre eux n’a été arrêté ni exécuté avec Lui. Par une étonnant prédestination de Dieu, Il a béni ses disciples en leur permettant de Le quitter. Ce passage de l'Évangile est prophétique. Il l'est non seulement parce que Jésus a prédit ses souffrances imminentes, mais aussi parce que ce qui s'est produit immédiatement après qu'il eut prononcé ces paroles, à savoir « la dispute sur la primauté», accompagnera le Corps du Seigneur, son Église, tout au long de l'histoire.
«Quant à s'asseoir à ma droite ou à ma gauche, cela ne dépend pas de moi », dit le Seigneur (Marc 10,40). Il indique ainsi que les questions de pouvoir et de primauté doivent s'inspirer littéralement de l'exemple de Dieu. Tout comme il n’y a pas de dispute sur la primauté au sein de la Sainte Trinité, Jésus, en tant que Fils de Dieu, se réfère toujours à la volonté du Père céleste et à Ses décisions ; de même, entre les chrétiens orthodoxes, dans l’Église, dans les Églises, et bien sûr dans chaque communauté et chaque paroisse, il ne doit pas y avoir de dispute sur la primauté. Car celui qui aspire à la première place est déjà condamné. C'est ce qu'est devenu Judas. Il a cherché à occuper la première place et, finalement, il l'a obtenue. Car non seulement il a été le premier à quitter le cercle des douze apôtres, mais il a aussi été le premier parmi les disciples à quitter ce monde, en accomplissant son terrible destin. À l'approche de la Semaine Sainte et de la Résurrection, que le Seigneur nous préserve de la soif de pouvoir.