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Dimanche du Paralytique

Dr Augustin Sokolovski

Dans l'Église orthodoxe, le quatrième dimanche du temps pascal est consacré à la guérison du paralytique par le Seigneur Jésus. En français, ce jour porte d'ailleurs le nom de « Dimanche du Paralytique ». Cet événement est décrit au chapitre 5 de l'Évangile selon Jean, versets 1 à 15. C'est déjà le quatrième dimanche après Pâques, le décompte commençant le dimanche de Pâques même.

Le système du calendrier orthodoxe frappe par sa clarté, sa logique et sa conception bien pensée. Ainsi, cinq dimanches doivent s'écouler entre Pâques et l'Ascension. Les voici dans l'ordre : 1. Le dimanche de l'apôtre Thomas ; 2. Le dimanche des Myrophores ; 3. Le dimanche du Paralytique ; 4. Le dimanche de la Samaritaine ; 5. Le dimanche de l'Aveugle-né. Avant cela, c'est Pâques ; après cela, c'est l'Ascension.

Il s'avère que les premier, troisième et cinquième dimanche sont « consacrés » aux hommes. Il s'agit de Thomas, de l'homme paralysé et de l'aveugle de naissance. Thomas, bien qu’apôtre, ne croit pas à la résurrection de Jésus ; le paralytique, alité depuis des années, se trouve dans l’un des lieux les plus fréquentés de Jérusalem et ignore tout de Jésus ; enfin, l’aveugle, tout comme le paralytique, réside à Jérusalem, mais ne sait rien du Messie. À l'opposé, les femmes qui portaient les parfums restent fidèles à Jésus même au moment de son extrême défaite sur la Croix et de sa Crucifixion ; elles sont les premières à entendre la nouvelle de la Résurrection. Quant à la Samaritaine, bien qu’elle vive loin de Jérusalem, elle attend le Messie, écoute attentivement les paroles de Jésus et, mieux encore, va immédiatement parler de lui à ses compatriotes.

Et c'est très important. Dans l'Ancien Testament, les femmes n'étaient pas considérées comme autonomes et à part entière ; c'est pourquoi cette organisation du temps pascal, et bien sûr le contenu même de l'Évangile, soulignent le changement et le renouveau que le Seigneur Jésus et le Nouveau Testament ont apportés à notre monde.

L'apôtre Paul, les Pères de l'Église, parmi lesquels se distingue tout particulièrement l'ancien auteur gaulois, saint Irénée de Lyon (130-200), appelaient cela la restauration universelle, la récapitulation de toute la création en Jésus-Christ. L'Église doit être l'icône de cette restauration et de cette unité sur terre. Si ce n'est pas le cas, cela signifie que les chrétiens orthodoxes ont cessé d'être à la hauteur de leur vocation, car ce sont eux-mêmes qui ont semé la division au sein de leur communauté.

Dans le passage évangélique sur le paralytique, le Seigneur Jésus demande à celui-ci: «Veux-tu guérir?» (5,6). En réponse, il entend : « Oui, Seigneur ; mais je n’ai personne pour me mettre dans le bassin quand l’eau est agitée ; et quand j’arrive, un autre y descend avant moi » (5,7). On voit ici se révéler une double douleur, une double catastrophe, une double tragédie. Le paralytique n’a personne sur terre qui puisse l’aider. Mais dès qu'il veut, voire qu'il est capable, de s'aider lui-même, ces gens, qui n'étaient pas là auparavant, apparaissent pour lui barrer la route du salut.

Dans cet épisode évangélique, tout se passe en plein cœur de Jérusalem, près d’un lieu saint. Cela signifie que l’on se trouve entouré de personnes très religieuses. Or, ces personnes pieuses font preuve d’un égoïsme extrême : parmi elles, personne ne souhaite venir en aide. Pire encore, ils font obstacle à cet homme sans défense qui a bien plus besoin d'aide qu'eux-mêmes. Ce détail évangélique recèle une grande leçon. Au milieu du siècle dernier, le philosophe Jean-Paul Sartre a déclaré : « L'enfer, c'est les autres. » « L'enfer, ce sont les autres », prophétise la laïcité éclairée. Qu'il n'en soit pas ainsi dans l'Église, qu'il n'en soit pas ainsi parmi nous.