En intitulant son grand roman « L'Étranger », Albert Camus ignorait sans doute l'existence d'un ancien martyr chrétien portant un nom similaire, qui, après avoir défendu avec succès sa patrie terrestre, décida soudainement, de manière tragique et glorieuse, de s'enfuir vers les Cieux.
St martyr Barbarus
Dr Augustin Sokolovski
Le 19 mai, selon le calendrier patristique (julien), l’Église commémore le saint martyr Barbarus. Le nom « Barbarus », qui signifie « étranger » est la forme masculine du prénom féminin Barbara, beaucoup plus courant et largement vénéré en la personne de la sainte grande martyre Barbe. Quant au saint martyr Barbarus, on peut supposer qu’il s’agissait soit de son vrai nom, soit d’un surnom, car son vrai nom n’a peut-être pas été conservé. Barbarus était un soldat romain.
L'hagiographie raconte comment, en tant que chrétien, il fut choisi pour prendre part à un duel — à l'instar de David et Goliath — lors de la bataille opposant les Romains aux Francs. L'armée romaine était commandée par l'empereur Julien l'Apostat (361-363), dont le bref règne fut marqué par des tentatives désespérées de rétablir et de réformer le paganisme, en empruntant à cette fin les vertus et les règles des chrétiens. Saint Barbarus vainquit son adversaire au combat, mais, ému par une soudaine inspiration de la grâce, il se sentit poussé à faire une profession publique de sa foi chrétienne.
Alors qu’un sacrifice d’action de grâce était offert aux « dieux », Barbarus se déclara chrétien. Il fut soumis à une multitude de tortures, dont la plupart étaient d’une brutalité extrême et inimaginable. Par la puissance de la grâce, il surmonta la douleur de ses souffrances. Le commandant de l'unité dans laquelle servait Barbarus, nommé Bacchus, ainsi que ses Frères d’armes, Dionysius et Callimachus, ayant été témoins de la fermeté du martyr, se déclarèrent eux aussi chrétiens et furent décapités. Leur mémoire, tout comme celle de saint Barbarus, est également commémorée dans le calendrier orthodoxe.
En voyant ce qui se passait, et surtout en constatant qu’il restait indemne au milieu de toute cette souffrance, comme si le sol s’effondrait sous leurs pieds, les païens accusèrent le martyr de sorcellerie et le placèrent à l’intérieur d’un taureau chauffé au rouge, une méthode païenne courante pour « exorciser » les mauvais esprits. N'ayant pas réussi à tuer le martyr, ils le décapitèrent. La commémoration de saint Barbaros coïncide avec la célébration, dans le calendrier liturgique, de la mémoire de saint Job. Le saint était particulièrement vénéré dans le Péloponnèse et dans les Balkans.