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CYRILLE D’ALEXANDRIE

Augustin Sokolovski

Le 22 juin, l’Église célèbre la mémoire de saint Cyrille d’Alexandrie, grand Père de l’Église dont l’héritage théologique se trouve au fondement de l’un des éléments les plus importants de l’enseignement de notre Église : la doctrine de la Très Sainte Vierge Marie comme Théotokos, Mère de Dieu.

La date de son départ vers Dieu est facile à retenir : saint Cyrille s’est endormi dans le Seigneur le 22 (9) juin 444. C’est précisément ce jour-là que sa mémoire est célébrée dans les Églises qui suivent le calendrier julien. 22 et 444 : quelle remarquable symétrie !

Se souvenir des fêtes des saints est un exercice de vertu, une discipline spirituelle qui n’est pas moins importante que le jeûne ou la lecture de sa règle de prière. Les saints sont les amis de Dieu, et pour le souvenir de Ses amis, le Seigneur accorde une grâce particulière aux êtres humains.

La principale réalisation de saint Cyrille fut sa victoire sur l’enseignement théologique de Nestorius, évêque de Constantinople. Nestorius enseignait que Marie n’était pas la Mère de Dieu, mais seulement la mère du Christ Messie ; selon sa propre terminologie, elle était Christotokos, la Mère du Christ. À première vue, on pourrait se demander quelle différence essentielle cela fait. Pourtant, le génie théologique de saint Cyrille discerna dans cette affirmation une hérésie. Si Marie est la Mère du Messie mais non la Mère de Dieu, alors une séparation permanente subsiste entre les natures divine et humaine en Jésus-Christ. Cela implique que Jésus est certes le Dieu-Homme, mais que son humanité divinisée n’était pas une réalité accomplie dès le moment de l’Annonciation — c’est-à-dire dès sa conception par la Vierge Marie et le Saint-Esprit — mais quelque chose qui s’est constitué progressivement. C’est comme si Celui qui est venu dans ce monde pour nous rendre « participants de la nature divine » (2 Pierre 1,4) avait Lui-même eu besoin d’une telle participation. L’enseignement de Nestorius fut condamné au troisième concile œcuménique d’Éphèse (431), que Cyrille lui-même organisa et présida.

Nestorius fut déposé et exilé dans le désert. Il tenta de se défendre mais ne fut pas entendu. La manière dont Cyrille traita finalement Nestorius n’est pas exempte de critiques.

Le temps et l’histoire en furent largement responsables. « Temps, arrête-toi », chante Rammstein dans la chanson qui porte ce nom.

À cette époque, il n’y avait qu’un seul homme sur terre qui aurait peut-être pu résoudre ce problème théologique autrement. Son nom était saint Augustin. Dans la vie d’Augustin, il existe un épisode où, par la seule force de la persuasion, sans condamnations ni mesures coercitives, il réussit à convaincre un théologien nommé Leporius, dont les opinions ressemblaient à celles de Nestorius. De plus, saint Augustin reçut de l’empereur Théodose II une invitation à participer au concile œcuménique d’Éphèse. Mais il mourut le 28 août 430 et ne vécut pas assez longtemps pour y prendre part.

Tout récemment, des chercheurs ont découvert une correspondance entre Augustin et Cyrille au sujet de la grâce. Augustin cherchait le soutien de Cyrille pour condamner l’hérétique Pélage. Celui-ci soutenait que les êtres humains sont sauvés par leurs propres efforts, tandis que la grâce ne joue qu’un rôle auxiliaire. Nous ne savons pas si Cyrille ne répondit jamais à Augustin, ni quelle aurait pu être sa réponse. Nous savons cependant que Pélage fut condamné au troisième concile œcuménique. Il s’avéra également qu’il avait cherché l’appui de Nestorius — et qu’il l’avait finalement obtenu.

Les chercheurs contemporains se demandent souvent si Nestorius fut réellement aussi coupable que l’histoire l’a présenté et s’il pensait véritablement le Christ de la manière qui lui fut ensuite attribuée. Ici, grâce à Pélage, un parallèle intéressant apparaît. De même qu’un être humain peut se perfectionner par ses propres efforts, la grâce pouvant l’aider mais n’étant ni nécessaire ni obligée de le faire, de même le Christ, si l’on en croit ce qui est dit de Nestorius et de sa théologie, aurait parcouru au cours de sa vie le chemin allant de la condition de Messie à celle de Dieu-Homme.

Nous trouvons ici non seulement un parallèle entre les hérésies de Nestorius et de Pélage, ni même simplement une indication indirecte que Nestorius était peut-être réellement coupable de ce dont on l’accusait. Cela renvoie plutôt au grand mystère révélé par l’enseignement de saint Augustin sur la grâce et par celui de saint Cyrille sur le Christ : l’être humain est à l’image du Christ, et Dieu est l’avenir de toute personne humaine. Car l’être humain véritable, parfait et pleinement accompli est le Dieu-Homme, Jésus-Christ.

Il est parfait non parce qu’Il a fourni des efforts ou s’est amélioré Lui-même, mais parce qu’en Jésus-Christ, dans l’histoire humaine et dans le temps, le Fils de Dieu Lui-même a vécu, vit, demeure et restera pour toujours à la droite du Père.

Bien que la fête historique de saint Augustin — le jour de sa mort — tombe le 28 août (10 septembre selon le calendrier julien), sa mémoire est célébrée dans l’Église orthodoxe le 28 juin. Je n’ai pas encore réussi à en découvrir la raison. Ainsi, les fêtes de saint Cyrille et de saint Augustin dans l’Église orthodoxe — le 22 juin et le 28 juin respectivement — ne sont séparées que de quelques jours, moins d’une semaine. C’est un bel exemple, à la fois discret et touchant, de la communion des saints reflétée dans le calendrier de l’Église.