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Tous les saints de l’Église russe

Dr Augustin Sokolovski

Le deuxième dimanche après la Pentecôte, l’Église célèbre la mémoire de tous les saints russes, de tous les saints qui ont resplendi sur la terre de Russie, de tous les saints de l’Église russe.

La différence entre cette fête et la précédente, celle de la Toussaint, réside dans plusieurs points.



Tout d’abord, la fête de la Toussaint a un caractère eschatologique. Il ne s’agit pas simplement d’une commémoration de tous les saints pris ensemble, ni de la célébration de la fête patronale de chaque personne ou de tous les fidèles à la fois, mais d’une solennité théologique. Elle rappelle que le Fils de Dieu a révélé le Père, que l’Esprit Saint a révélé le Fils, et que l’Esprit Saint sera manifesté dans les saints — et qu’il se manifeste déjà à notre époque — en reflétant et en préfigurant ce qui adviendra après la Seconde Venue du Christ.



Ainsi, la fête de la Toussaint est une fête eschatologique. C’est une célébration universelle et catholique, où tous les saints sont honorés indépendamment de leur origine ou de l’époque où ils ont vécu.

La fête de la Toussaint ne comporte qu’une seule lecture de l’Écriture. Cela signifie, d’une part, qu’elle est ancienne et, d’autre part, qu’elle est prévue par les principaux livres liturgiques, notamment le Triode. Plus encore, elle fait partie du cycle pascal, couronnant les célébrations de Pâques et de la Pentecôte, après quoi commence le jeûne des saints Apôtres Pierre et Paul.



La fête de tous les saints qui ont resplendi sur la terre de Russie, ou de tous les saints de l’Église russe, est apparue pour la première fois, selon les historiens, au milieu du XVIe siècle, lorsque l’Église russe a commencé à canoniser systématiquement ses saints.

Cependant, au XVIIe siècle, elle fut pratiquement supprimée. Le schisme des vieux-croyants survint, et la notion de « foi russe » commença à être associée à cette fête ; ou plutôt, cette fête se trouva liée au schisme des vieux-croyants. C’est pourquoi, durant l’époque synodale, elle tomba dans l’oubli.



Mais avec l’effondrement de l’Empire russe, à l’aube sanglante des persécutions bolcheviques, alors que peu de personnes en avaient encore conscience, le Concile de 1917-1918, après l’abolition de la monarchie en Russie, rétablit la fête de tous les saints qui ont resplendi sur la terre de Russie et commença progressivement à la réintroduire dans la vie liturgique. Après la fin de la Grande Guerre patriotique, elle devint une grande fête de toute l’Église russe.

Son mot d’ordre, qui sous l’athéisme soviétique devint une confession de foi particulièrement audacieuse, est tiré d’un chant liturgique :

« Sainte Russie, garde la foi orthodoxe ; c’est en elle que se trouve ton fondement ! »



Ainsi, contrairement à la Toussaint, il ne s’agit pas d’une célébration eschatologique, mais plutôt d’une célébration historiosophique. Par elle, l’Église russe rend grâce à Dieu pour son destin. C’est également une célébration morale, car si elle fut d’abord instituée comme une solennité, sa restauration lors du Concile de 1917-1918 lui conféra déjà, au XXe siècle, un caractère pénitentiel. Il est important de s’en souvenir.



En ce même jour, de nombreuses Églises locales ainsi que la Sainte Montagne de l’Athos célèbrent également la mémoire de tous les saints qui ont resplendi en leur sein. C’est pourquoi il convient toujours de se rappeler à quelle Église nous appartenons à un moment donné, afin de célébrer dans l’unité et en communion avec tous.



La principale lecture évangélique du deuxième dimanche après la Pentecôte est le récit de l’appel des Apôtres dans l’Évangile selon Matthieu. On y lit : « Vous serez pêcheurs d’hommes. »



Cette expression signifie que vous, qui êtes pêcheurs de poissons, deviendrez pêcheurs d’êtres humains, attirant les hommes dans les filets salvateurs du Christ. Cette parole du Christ Sauveur possède une double signification.

Premièrement, les pêcheurs sont effectivement devenus les pêcheurs du Christ afin de gagner les hommes au Royaume de Dieu par la mission, au sens noble du terme. Deuxièmement, « vous deviendrez pêcheurs pour les hommes », c’est-à-dire que vous ne pêcherez plus simplement du poisson pour le vendre ou pour répondre à des besoins personnels ou collectifs, mais vous serez des pêcheurs au service des hommes ; vous offrirez à l’humanité le Christ, le Poisson divin qui apporte le salut.


C’est dans le rapprochement entre cette lecture évangélique dominicale et la célébration des saints qui ont resplendi sur la terre de Russie que se trouve une explication importante de cette fête, peut-être même la plus essentielle : son contenu évangélique, son sens profond et son appel. Elle rappelle le commandement moral selon lequel la vocation de chaque personne et de toute Église est le service. C’est dans le déploiement de ce service que se révèle la vocation de l’homme et de l’Église en tant que communauté de croyants.