Dr Augustin Sokolovski
Dans l’Église orthodoxe, le Jour du Saint-Esprit est le lundi qui suit la Pentecôte, une fête particulièrement consacrée à l’Esprit Saint.
À l’oreille russe, l’expression même de « Jour du Saint-Esprit » peut paraître quelque peu archaïque. Elle évoque l’époque de l’athéisme soviétique, lorsque la vie de l’Église orthodoxe en Russie était marginalisée et qu’une grande partie du vocabulaire religieux traditionnel était devenue étrangère au grand public. Elle rappelle également L’Été du Seigneur d’Ivan Chmeliov, où l’année liturgique, la dernière que l’écrivain partagea avec son père, est devenue, en raison même de cette circonstance douloureuse, infinie et inoubliable.
Parmi les églises et chapelles orthodoxes, certaines sont dédiées à l’Esprit Saint. L’une d’elles se trouve à Clamart, près de Paris, dans la maison-musée du philosophe Nicolas Berdiaev, contemporain de Chmeliov. Une telle approche littéraire et artistique de l’Esprit Saint constitue une introduction naturelle à l’enseignement dogmatique qui le concerne.
Le Nouveau Testament témoigne que le Fils de Dieu, révélé en Jésus-Christ, fait pleinement connaître Dieu le Père à l’humanité. Personne n’a jamais vu Dieu. Aux temps de l’Ancien Testament, on croyait que quiconque voyait Dieu devait mourir ou, comme Hénoch et Élie, quitter la terre pour être élevé au ciel. Le Christ a révélé au monde le Père céleste. Quant à l’Esprit Saint, descendu au jour de la Pentecôte, il a révélé le Fils de Dieu aux Apôtres et à l’Église. Il continue aujourd’hui encore à le révéler et le révélera jusqu’à la fin des temps.
L’Esprit Saint est invoqué par l’Église jour et nuit tout au long du cycle de la liturgie orthodoxe. La prière « Roi céleste » est une invocation constante de l’Esprit Saint et ouvre la plupart des offices et des prières de l’Église. La grande épiclèse de la prière eucharistique appelle l’Esprit Saint sur le pain et le vin offerts par l’Église, afin qu’ils deviennent le Corps et le Sang du Seigneur.
Dans la Liturgie de saint Jean Chrysostome, l’épiclèse possède une double dimension : par la bouche du prêtre, l’Église demande au Père d’envoyer l’Esprit Saint non seulement sur les Saints Dons, mais aussi « sur nous ». Nous entrons ici dans le domaine de la haute théologie dogmatique. Rappelons les paroles de saint Augustin : « Recevez ce qu’il est — le Corps du Christ — afin de devenir ce que vous êtes — le Corps du Christ. »
Enfin, l’Apôtre Paul enseigne que nul ne peut dire : « Jésus est Seigneur », sinon par l’Esprit Saint. Sans l’action de l’Esprit Saint, ni la véritable confession de foi ni la vie chrétienne elle-même ne sont possibles. Parmi les Pères de l’Église, saint Basile le Grand (330–379) fut le véritable poète de l’Esprit Saint. Ses traités théologiques, ses lettres et ses prières liturgiques révèlent avec une clarté saisissante que l’Esprit Saint doit être non seulement invoqué, mais aussi glorifié, contemplé et aimé.